Amis des arts et de la culture de Palestine

« Les images sont dans le désert »

Comédien et metteur en scène, directeur artistique de l’association Sin, Emilien Urbach est l’invité de la semaine pour la tribune libre de L’HUMANITE du 24 au 28 octobre 2007.


Avec Jérôme Kocaoglu, mon partenaire dans la pièce que nous tournons en ce moment en Palestine, l’Arbre à palabres, accompagnés par Laure et Julien de la Société des amis d’Al Rowwad, nous sommes arrivés à Naplouse. Nous avons joué pour les enfants du camp de réfugiés de Balata. Le centre Darna, qui nous accueillait, tente d’y favoriser les échanges entre plusieurs associations socioculturelles et d’autres engagées dans le commerce équitable. Nadia Dhifallah, la coordinatrice du centre, nous explique qu’ici les nuits sont quasiment toutes marquées par des incursions israéliennes, des arrestations sommaires, des sirènes… Le calme apparent que je décrivais hier à Ramallah et Bethléem ne semble pas avoir gagné Naplouse.

La représentation s’est cependant très bien déroulée. Les préadolescents du camp avaient préparé une chorégraphie de danse traditionnelle appelée Debka, en guise de première partie.

J’ose croire que ces moments de rencontre autour de nos représentations sont des moments d’espoir. Cependant, la question reste posée. De quel champ d’action disposent les artistes face à une réalité qui veut que pour certains l’expression même de leur existence soit interdite par la guerre et les obscurantismes qu’elle engendre, et que d’autres, enfermés dans leur autisme télévisuel et mercantile, leur fièvre sécuritaire et individualiste, peuplent des villes de morts vivants ou l’art, le corps et l’intelligence, comme toute chose vivante, n’ont plus qu’une valeur marchande ?

Au sein de l’association Sîn, nous pensons que nul ne peut répondre seul à ce type de question et qu’il faut absolument passer par la création d’espaces de rencontres capable de créer de la pensée. C’est avec cette volonté que, par exemple, nous organisons le 6 novembre, à gare au théâtre à Vitry-sur-Seine, en collaboration avec le Théâtre enquête et autre(s)pARTs (acteurs unis pour la transformation, la recherche et l’expérimentation (sur les relations entre) populations, art, territoires et société), une rencontre débat à caractère performatif (les intervenants sont soumis à des contraintes de temps et d’espace) autour des notions d’urgence et de réel.

Je pense maintenant à ce qu’écrivait Leïla Chaïd à propos de Jean Genet : « Et maintenant, nous parlons d’inventer, d’être à l’origine du nouveau, et soudain je comprends cette phrase encore différemment. Les images sont dans le désert où il faut aller les chercher. » C’est un défi lancé à tous les créateurs : « Il faut toujours chercher ailleurs, là où il y a du désert. »

 À demain.

> Voir cet article sur le site de l’Humanité



FAIRE UN DON

ACTUALITES

  • Arrêtez de comparer Israël à l’Afrique du Sud de l’apartheid ; c’est pire Par Thembisa Fakude

    Il est courant de nos jours de comparer le racisme institutionnel d’Israël et son occupation de la Palestine à l’apartheid sud-africain. Jusqu’à un certain point, c’est une comparaison raisonnable. Jusqu’à un certain point. Malgré toutes ses horreurs et sa brutalité, le régime d’apartheid en Afrique du Sud n’a jamais utilisé d’avions de chasse et d’artillerie pour bombarder les personnes opprimées vivant dans les townships. Israël l’a fait, et continue de le faire. C’est maintenant devenu presque une (...)

  • Gaza : la librairie al-Mansour, temple des livres de l’enclave palestinienne, détruite par un bombardement israélien

    Dans la bande de Gaza, le site était considéré comme le temple des livres. C’était le lieu où les lycéens pouvaient trouver un manuel scolaire, les plus pratiquants leur coran et les esprits bohèmes des traductions de Dostoïevski en arabe. Mais mardi dernier, 18 mai, la librairie al-Mansour a été réduite en poussière.
    « Il y a 100 000 livres sous ces ruines »
    Vers 5H00 du matin, Samir al-Mansour, son propriétaire, était chez lui et regardait les chaînes d’info arabes lorsqu’il a appris qu’un (...)

  • Médias détruits à Gaza : RSF demande à la procureure de la CPI de déterminer si ces bombardements constituent des crimes de guerre

    Depuis une semaine, les locaux de 23 médias locaux et internationaux ont été détruits par des frappes aériennes israéliennes ciblées. Les derniers bombardements en date ont détruit, samedi 15 mai, les bureaux de l’agence de presse américaine Associated Press (AP) et de la chaîne qatarie Al-Jazeera. L’armée israélienne justifie ces frappes en expliquant que des équipements du "renseignement militaire" du Hamas, le mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza, se trouvaient dans les immeubles visés. (...)