Amis des arts et de la culture de Palestine

Proche-Orient : " Nous sommes les enfants du camp "

Tournée triomphale en France de jeunes artistes palestiniens d’Aïda.

Les enfants de la troupe de théâtre Al Rowad ont participé au Festival des vieilles charrues, à Carhaix, où ils ont joué la pièce qu’ils présentent
En France depuis trois semaines : Nous sommes les enfants du camp. L’accueil qu’ils ont reçu en Bretagne - ils étaient aussi Festival des quartiers, à Rennes -, comme dans toutes les villes où ils se sont produits, donne une idée de l’ampleur du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien qui se développe dans notre pays. Partout ils ont été applaudis par des salles pleines à craquer, comme au théâtre de l’Épée-de-Bois où, les 5 et 6 juillet, les spectateurs applaudissaient debout, bissant à quatre reprises les jeunes artistes, émus et ravis.

(...)C’est une belle histoire que celle de la troupe du centre culturel Al Rowad : créé en 1998 par un jeune ingénieur biologiste palestinien, Abdelfattah Abou-Sour, ce centre culturel vise à offrir aux enfants du camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem en Cisjordanie, un accès à la culture dont il pense qu’elle est, selon le mot de Freud, " un moyen de travailler contre la guerre ". " Nous essayons de donner aux enfants d’autres moyens que la violence pour résister à l’occupation : l’art dramatique, la musique et la danse en font partie ", explique-t-il au début du spectacle dont il est l’auteur. La pièce est composée de tableaux successifs joués par sept garçons et cinq filles, sur fond de scènes de l’histoire de leur peuple
que l’on projette sur le mur, derrière la scène. L’histoire qui se déroule est celle des centaines de milliers de Palestiniens chassés de leur terre en 1948, lors de la création de l’État d’Israël, et dont beaucoup vivent toujours, avec leur descendance, dans des camps comme celui d’Aïda. Les enfants miment les drames de l’exode et psalmodient la litanie de ces
camps qui émaillent la Cisjordanie, Gaza, le Liban, la Syrie, la Jordanie. Il mime ensuite les étapes qui ont jalonné leur histoire : la guerre et
l’occupation israélienne de 1967 et la résistance à cette occupation, l’intifada de 1987, Oslo et la deuxième intifada, à laquelle le gouvernement palestinien actuel tente de mettre un terme. Le spectacle s’achève sur une invocation à la paix, mais aussi sur des interrogations, lancées sur un mode humoristique, à propos de la " feuille de route " dont ils affirment, dans une pirouette, qu’elle est sponsorisée par Coca-Cola.

Il y a tant de vie et de grâce dans leurs danses, tant d’espoir dans leurs sourires, que l’on en vient à oublier la gravité du propos et à rêver avec eux de ce moment où ils seront " des enfants comme les autres " dans un
pays qu’ils cesseront de " chercher en vain sur les cartes de géographie " (...).

Les enfants d’Aida doivent quitter la France le 23 juillet avec un regret
 : celui de n’avoir pas été reçus par le maire de Paris, Bertrand Delanoë,
qui a annulé la réception prévue à l’Hôtel de Ville au début de leur séjour.
Le maire du 18e arrondissement, Daniel Vaillant, a suivi son exemple alors
qu’il aurait dû les recevoir le 5 juillet. Comme le note Jean Claude
Ponsin, qui anime l’association des Amis du théâtre Al Rowad, " rien ne justifie
un tel ostracisme à l’égard d’enfants que les associations de solidarité et plusieurs ambassades et consulats, dont celui de France à Jérusalem, ont
eu tant de mal à faire sortir de l’univers concentrationnaire où ils vivent
".

Françoise Germain-Robin



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