
Récemment, en janvier 2020, mon recueil de poèmes a été publié en arabe et en français sous le titre "Mon poème".
J’ai choisi "mon poème" comme titre à mon livre parce que le poème prend de nombreux rôles mais plutôt tous les rôles dans tous ses cas : la patrie, la résilience et la résistance, c’est l’histoire et le présent, c’est la mère et la sœur, c’est l’humain. Il se promène pour se renouveler, restaure le droit et la justice pour incarner la liberté.
Chaque poème visite les endroits, voyage pour revenir en transportant des souvenirs et des nouvelles récentes du pays.
Le livre a été présenté par le poète et philosophe Philippe Tancelin
Préface
Le poème est de tout
Le poème est en tout
Le poème est partout
Mais tout n’est pas poème
Tout n’est pas « mien… »
L’Être-poème ne se livre pas, il hante le subtile des lieux, des instants, des personnes, des objets, le secret jusqu’à l’ombre de toutes choses selon une inséparabilité, simultanéité de son surgir et aussitôt de sa disparition. C’est pourquoi il est cet in-saisi dans le saisi-même aussi souvent qu’on voudrait le ceindre, le posséder, croire l’atteindre et l’achever,effacer son « signe d’un éclair des dieux » dont parlait Hölderlin.
Vouloir le déchiffrer nous échappe comme nous lui échappons et sa fulgurance est sa marque dans les profondeurs de notre attente, voire notre attention à lui.
Nous lirons et relirons encore les poèmes courts d’Hiyam Bseiso par nécessité non moins qu’urgence d’une présence jusque dans l’intime de nos regards, de nos égards à leur « dicte »
Ils seront de toutes les traversées que l’utopie poétique sait entreprendre à travers le devenir libre de cette poète palestinienne et toutes ses sœurs et frères, qui malgré l’occupation de leur terre et les tentatives d’effacement de leur mémoire par l’envahisseur, grandissent au-dessus des murs de séparations in-guéries entre le rêve d’hier sur le chemin d’école et la gorgée d’eau amère sur les trottoirs d’exil.
Où qu’ils, elles soient, sur quelque boulevard du monde, leur « mon poème » est aussi cette histoire transmise de génération en génération avec ses fragments-souvenirs qui font de la mémoire du futur, la réelle Palestine libérée.
Hyiam Bseiso sait la félicité de la parabole face aux indifférences ; elle traque le lointain jusque dans les images des jours ordinaires ; elle débusque la fatigue des mots à cultiver l’à côté de leur sens. Elle est fidèle dans sa double langue à leur authenticité, leur vigilance pour une histoire qui non seulement n’oublie pas mais pénètre jusqu’au cœur de l’instant le plus anodin afin de veiller sur la beauté d’une fleur de henné.
Si on relit « mon poème » c’est pour mieux nous lier par chaque lecture à sa résonance avec nos déchirures, nos fièvres, nos errances, nos refuges aux pays des exigences de pleine lumière.
Comme on va reconnaître son pas sur l’étendue
« mon poème » vient tout près
entendre l’in-ouï de nous
.
Philippe Tancelin