Amis des arts et de la culture de Palestine

FESTIVAL DE CANNES : LETTRE D’ARTISTES PALESTINIENS CONCERNANT LEUR REFUS DE PARTICIPER AU FESTIVAL

Nous, l’équipe de tournage du film ‘Let It Be Morning’ souhaitons faire le communiqué suivant concernant notre décision de ne pas participer au festival de Cannes :

Nous soutenons notre ami et camarade Eran Kolirin et nous sommes fiers d’avoir participé au projet de film inspiré du roman éponyme de Sayed Kashua ‘Let It Be Morning’. Nous sommes heureux que le film ait été sélectionné à Cannes.

Ce film est le fruit d’une production collective qui décrit “l’état de siège” que nous vivons comme l’a écrit le célèbre poète palestinien Mahmoud Darwich. Cet état de siège se matérialise par des murs, des checkpoints, mais aussi par des obstacles matériels et psychologiques ainsi que par des politiques d’asservissement et de violation de l’identité des Palestiniens et Palestiniennes, de leur culture, de leur liberté de mouvement ainsi que de leurs droits humains élémentaires.

C’est cet état de siège que le film aspire à questionner et c’est ce vers quoi nous, l’équipe du film, avons décidé collectivement d’en orienter le contenu. Pourtant, nous ne pouvons ignorer la contradiction qui consiste à classer ce film au festival de Cannes comme un film Israélien, pendant qu’Israël continue et ce depuis des décennies, sa politique coloniale et ses pratiques de purification ethnique, d’expulsion et d’apartheid contre nous – le peuple palestinien.

Depuis 1948, les Palestiniens en Palestine historique et dans la diaspora ont dû faire face à une purification ethnique constante et à une fragmentation coloniale à travers les différentes restrictions imposées par Israël. Les gouvernements et institutions culturelles du monde entier ont suivi ces restrictions contre nous, les Palestiniens en Israël, à Jérusalem Est, en Cisjordanie, à Gaza et ailleurs dans le monde. Leur but : nous diviser pour nous détruire en tant que peuple, nous fragmenter et nous séparer de notre histoire commune.

Systématiquement, l’industrie du cinéma nous assigne, nous et notre production, à une étiquette ‘Israélienne’ qui contribue à imposer aux artistes palestiniens, une situation inacceptable : la colonisation sioniste qui nous opprime en niant notre langue, notre histoire et notre identité, par la censure et la promulgation de lois racistes.

Nous écrivons ces lignes alors que nous sommes témoins d’attaques quotidiennes par des colons racistes et extrémistes protégés par la police et l’armée israéliennes dans des villes et des quartiers palestiniens. Ces attaques illégales qui visent nos fils et nos filles se perpétuent. Nous refusons de représenter un état qui a permis et encouragé les récentes vagues de violence car cela reviendrait à normaliser l’apartheid et à accepter cette violence ainsi que la négation des crimes à l’encontre des Palestiniens.

Notre refus de participer au festival de Cannes dans la catégorie film ‘Israélien’ n’est pas seulement un geste symbolique. Nous nous opposons fermement à toute participation à ce genre d’évènement qui justifie notre exclusion et notre invisibilisation en tant que Palestiniens et Palestiniennes.

Nous sommes unis pour vous adresser ce message et demander aux institutions artistiques du monde entier d’amplifier les voix des artistes palestiniens, de s’opposer à l’État colonial Israélien et de soutenir la résistance du peuple palestinien, son droit à l’existence et à la créativité.

L’équipe de tournage : Alex Bakri, Juna Suleiman, Ehab Elias Salameh, Salim Daw, Izabel Ramadan, Samer Bisharat, Yara Jarrar, Marwan Hamdan, Duraid Liddawi, Areen Saba, Adib Safadi et Sobhi Hosary, le 7 juillet 2021



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