Amis des arts et de la culture de Palestine

Édition. Le théâtre palestinien pour raconter son peuple

Trois pièces, traduites et présentées par Najla Nakhlé-Cerruti, donnent à voir la puissance poétique de la création sous occupation israélienne.
On a trop rarement l’opportunité de voir du théâtre palestinien. Et guère davantage de pouvoir en lire, la plupart des pièces étant jouées, et éventuellement écrites a posteriori. Avec la traduction de trois pièces contemporaines emblématiques, Dans l’ombre du martyr (2011), de François Abou Salem , le Temps parallèle (2014), de Bashar Murkus, et Taha (2014), d’Amer Hlehel, Najla Nakhlé-Cerruti donne à voir la puissance de sa créativité. Chercheure à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), elle mène également un programme autour des archives de François Abou Salem, « ?Palestinien d’origine française ? », dont Dans l’ombre du martyr est la dernière pièce, écrite juste avant son suicide et qui témoigne de son mal-être et de la violence de l’occupation israélienne. Fondateur, en 1977, à Jérusalem-Est, de la première troupe professionnelle, El Hakawati (le conteur), qui, sept ans plus tard, en 1984, deviendra le Théâtre national palestinien, François Abou Salem aura œuvré à son rayonnement en Palestine et au niveau international. Tout comme le metteur en scène, également disparu, Adel Hakim qui, avec Antigone (prix du Syndicat de la critique, meilleur spectacle étranger en 2012) et Des roses et du jasmin (2017), aura contribué à son ancrage.

Si la création palestinienne ne peut être détachée de son contexte de production, elle est souvent une forme de contestation et de résistance, elle est aussi poétique et esthétique et guide la mise en écho des pièces présentées. « ?Monodrame polyphonique ? », Dans l’ombre du martyr met en jeu l’histoire de deux frères, dont l’un a échoué dans ses études de médecine, et l’autre, mort dans une opération-suicide lors de la première Intifada, accède au statut de « ?héros national ? », créant une dissociation psychique chez celui qui lui survit.

« ?Le Temps parallèle ? » a été écrit et mis en scène par Bashar Murkus après sa mise en scène de Bye-bye Gillo, de Taha Adnan (Éditions Elyzad, Tunis, 2014), porté par le théâtre marseillais la Friche de la Belle de mai. Le texte s’inspire de la vie et des écrits de Walid Daqqa, le plus ancien prisonnier politique palestinien de citoyenneté israélienne, détenu pour avoir participé au meurtre d’un soldat israélien en 1986. Son personnage est au centre de la scène et du huis clos existentiel qui se joue avec d’autres prisonniers, un geôlier et sa fiancée qui a pu obtenir un droit de visite.

« ?Le monologue, c’est l’exil ? »
Dans Taha, Amer Hlehel a choisi l’écriture monologuée parce que « ?le monologue, c’est l’exil ? ». Un exil qu’il raconte à partir de l’évocation de l’enfance du poète Taha Muhammad Ali, depuis sa naissance, après les décès répétés de ses frères, jusqu’à la Nakba, le déplacement forcé de 1948, alors qu’il a tout juste 17 ans. Récit de lutte pour aider aux besoins de sa famille grâce à son instruction acquise à l’école communale. Puis pour traverser l’expulsion et le retour en Palestine. Récit de sa construction en tant que poète. Des pièces introspectives, subtiles, complexes, qui transmettent le désir de vivre et le goût de la langue.

L’Individu au centre de la scène. Trois pièces palestiniennes, choisies par Najla Nakhlé-Cerruti. Éd. Presses de l’Ifpo (poche bilingue), 15 euros.

Marina Da Silva



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