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Aïda champion du monde … de l’exposition aux gaz lacrymogènes

Avec 6.400 résidents entassés sur moins de 7 hectares (soit l’équivalent de 90.000 habitants par km2 !), Aïda est déjà l’une des zones les plus densément peuplées de la planète.
Mais l’armée d’occupation israélienne s’emploie à lui décerner une autre distinction, celle de l’emploi le plus massif de ses gaz toxiques contre une population sans défense.

C’est ce que démontrent les Drs Rohini Haar, de l’Université de Berkeley, et Jess Ghannam, de l’Université de Californie à San Francisco, dans leur étude de terrain « Pas d’abri : conséquences sanitaires de l’exposition aux gaz lacrymogènes chez les réfugiés palestiniens ».
Les chercheurs ont conduit leur enquête auprès de 236 habitants de Aïda, âgés de 10 à 66 ans, au mois au mois d’août dernier.

La totalité des interviewés rapportent qu’ils ont été exposés à des tirs de gaz lacrymogènes au moins une fois au cours de l’année écoulée : dans plus de 80% des cas, à l’intérieur de leur domicile, mais aussi à l’école (10% des rapports), au travail, ou à bord de véhicules. Plus de la moitié des 236 participants font état de 3 à 10 cas d’exposition personnelle au cours du seul mois précédant le début de l’enquête !

Les tirs de l’armée, qui dispose d’une base jouxtant le camp, ont lieu à n’importe quel moment, qu’il y ait ou non des manifestations de protestation, notent les auteurs.

Les effets sur la santé rapportés comprennent : perte de connaissance, fausses couches, difficultés respiratoires dont asthme, toux, vertige, irritations cutanées, douleurs sévères, dermatite allergique, maux de tête, blessures provoquées par le choc des cartouches de gaz, troubles neurologiques, notamment.

Santé mentale : « Les raids de l’armée dans le camp, quasiment toujours accompagnés de tirs de grenades lacrymogènes, provoquent de très hauts niveaux de détresse psychologique, marqués notamment par des troubles du sommeil et un stress post-traumatique », écrivent les auteurs.

La fréquence et le caractère imprévisible des invasions du camp par l’armée rendent impossible tout semblant de vie normale. En particulier, tant les enfants que leurs enseignants confirment dans cette enquête qu’il leur est impossible de suivre, ou de faire la classe quand les écoles elles-mêmes sont visées par les soldats. Les établissement de l’UNRWA (l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens) scolarisent environ 1.600 enfants à Aïda.

Enfin, les Drs Haar et Ghannam s’inquiètent des effets toxiques au long cours des nouvelles munitions de l’armée d’occupation, qui utilise à présent des gaz bien plus puissants et aux effets bien plus prolongés que ces dernières années. Et aucune étude sérieuse n’a été faite sur les effets de ces produits sur des populations exposées à ces armes, non pas de manière ponctuelle comme lors de manifestations, mais de manière prolongée et quasi-permanente comme c’est le cas pour les habitants de Aïda.

Or, Israël se refuse à communiquer à la communauté scientifique des informations essentielles sur la nature des composants chimiques présents dans ses grenades lacrymogènes, empêchant ainsi une bonne prise en charge médicale de leurs effets toxiques, concluent-ils.

Source : https://www.law.berkeley.edu/wp-content/uploads/2017/12/NoSafeSpace_full_report22Dec2017.pdf



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