Amis des arts et de la culture de Palestine

Sous la dictée de Fanon

Propos du livre
En même temps qu’il nous introduit à un Fanon proche, familier, ce récit à la première personne nous fait revivre les enthousiasmes et les désillusions d’une femme engagée au service des indépendances.
Marie-Jeanne Manuellan est de cette génération qui a vu dans les luttes de la décolonisation l’héritage de la résistance contre le nazisme et l’espoir d’un monde nouveau. En 1957, elle part en Tunisie avec Gilbert, son mari, pour apporter son concours à la construction de la jeune nation indépendante. Il est ingénieur. Elle est assistante sociale. Elle est nommée au Centre neuro-psychiatrique de jour de l’hôpital de Tunis que dirige un certain docteur Frantz Fanon. Elle ne sait rien de lui. Et les premiers contacts sont rudes. Mais Fanon comprend vite ce que cette femme peut lui apporter. “Je vais avoir besoin de vous” lui dit-il un jour. “Pour écrire un livre”. Et c’est ainsi que Fanon va successivement lui dicter L’An V de la révolution algérienne et Les Damnés de la terre. Une grande amitié naîtra alors entre les Fanon et les Manuellan.
Le dessin de la page de couverture est une œuvre d’Ernest Pignon-Ernest.
 
Extrait
Fanon faisait le chemin en marchant. Aussi bien auprès des patients qu’auprès du personnel. En l’écoutant, c’était comme si on devenait plus intelligent. Des situations s’éclairaient soudain, des tableaux cliniques qui étaient restés jusque-là dans une obscure incompréhension.

Fanon respectait infiniment les patients. Le personnel, lui y compris, devait être entièrement à leur service.
Bien sûr, pour certains, Fanon était un type imbuvable. Parce qu’il ne tolérait pas, quand c’était primordial, la moindre défail­lance, la moindre négligence quand celle-ci était évitable. Il n’était pas un “persécuteur” tatillon. Il était exigeant, à commen­cer envers lui-même. Un jour, Fanon a renvoyé deux infirmiers, sans préavis, parce qu’ils n’avaient pas bien fait leur travail. Si on acceptait une tâche, il fallait qu’on la remplisse. D’autant que la Tunisie indépendante se devait d’être “à la hauteur”. Chacun se devait, à la place où il était, de servir le peuple tunisien libéré, le pays sorti du Protectorat. Il ne fallait pas s’économiser. Il fallait être tout entier dans la tâche à accomplir, non seulement pour le malade, mais pour le pays. La psychiatrie était politique, toute pratique après l’Indépendance était politique.

Je me souviens de promenades en voiture, certains dimanches, du côté du Bardo, à Tunis. On voyait des ouvriers en train de faire ou de boucher des trous sur un morceau de route. Et Fanon et Gilbert se mettaient en colère. “Mais qu’est-ce qu’ils font ? Ils bouchent les trous qu’ils ont faits la semaine dernière et ils font de nouveaux trous ! Qu’est-ce que c’est que ce micmac ? Ce temps perdu !” Tout aurait dû être parfaitement rationnel, ce n’était pas possible autrement. Fanon et Gilbert mettaient en cause les responsables de ces groupes d’ouvriers, avec un culot monstre !
Oui, il aurait fallu que tout soit parfait, miraculeusement !
Le renvoi des infirmiers avait servi d’exemple aux autres. Ce n’était pas un renvoi arbitraire. Sans doute la forme était rude. Mais si un patient avait perdu la vie à cause d’une négligence de l’infirmier, cela aussi aurait été beaucoup plus rude. Ceux qui avaient une conscience politique, une conscience tout court, étaient d’accord avec Fanon.

Mais jamais Fanon ne se montrait dur ou méprisant envers qui faisait son travail. Il excusait même les erreurs de ses “apprentis” en psychiatrie s’il était assuré de leur volonté de bien faire, de leur désir d’en savoir plus, de se perfectionner.
Contrairement à de nombreux médecins, ou apprentis méde­cins, lorsqu’il cherchait à établir un diagnostic au lit du malade, lorsqu’il parlait de l’état du patient, émettait des hypothèses explicatives, jamais il n’employait des termes réservés à des initiés. Il ne cherchait pas à garder le savoir pour lui, à s’enfermer ainsi dans sa supériorité de patron. Au contraire, il expliquait sans cesse. Il parlait pour tous ceux qui voulaient apprendre et il désirait que tous veuillent apprendre. Il aimait enseigner, faire “grandir les cervelles” dans le domaine de la connaissance et de la désaliénation, et que chacun comprenne, se sente responsable, aide et respecte les patients. “Grandir les cervelles” : ce sont ses propres mots dans la conclusion des Damnés.

Prix : 17,00 € 16,15 € Quantité : EAN : 9782364180406 Format 14,5 x 20 centimètres 190 pages. Couverture quadrichomie. Reliure dos carré collé Collection “ Bio ” ISSN 2259-6976 Dépôt légal 2° trimestre 2017 Pour commander: http://www.amourier.com/659-sous-la-dictee-de-fanon.php


FAIRE UN DON

ACTUALITES

  • « Soumaya présente le point de vue des victimes de l’état d’urgence »

    Premier film à revenir sur les dégâts humains de l’état d’urgence instauré au lendemain des attentats de novembre 2015 à Paris, Soumaya n’a pas encore trouvé de distributeur.
    Soumaya est cadre dans une entreprise responsable de la sécurité de l’aéroport Charles de Gaulle. Musulmane, mère d’une petite fille, elle voit du jour au lendemain sa vie bouleversée lorsqu’elle est licenciée après avoir subi une perquisition administrative.
    Sur la base d’une dénonciation anonyme sans doute due à un collègue envieux, (...)

  • L’Autorité palestinienne pensait que son respect des règles mènerait à l’indépendance, mais elle n’a fait que renforcer la domination israélienne

    Le texte qui suit est un extrait du nouveau livre de Noura Erakat Justice For Some : Law and the Question of Palestine (Justice pour certains : Le droit et la question de la Palestine). N. Erakat y expose comment la « quête illusoire » d’un État de l’Autorité palestinienne « a façonné chez les dirigeants palestiniens un attachement à la tutelle états-unienne et une réticence à adopter une ligne plus radicale, qui serait basée sur une politique de la résistance ».
    En 2018, la perspective d’un État (...)

  • LE CHAR ET L’OLIVIER, UNE AUTRE HISTOIRE DE LA PALESTINE

    Bonjour,
    Nous sommes heureux de vous annoncer la sortie du film :
    LE CHAR ET L’OLIVIER, UNE AUTRE HISTOIRE DE LA PALESTINE France | 2019 | 1h41 | Couleur Un documentaire de Roland NURIER
    AU CINÉMA LE 6 NOVEMBRE 2019
    Dates à retenir : ? Mois du Film Documentaire du 1er au 30 Novembre 2019 ? Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien le 29 Novembre 2019
    Ce documentaire essentiel permet d’avoir un éclairage nécessaire sur l’histoire de la Palestine. Apprendre du passé pour (...)