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Palestiniennes et Israéliennes à l’école de la désobéissance civile

Les Palestiniennes sont arrivées par petits groupes, un peu inquiètes et intimidées. Les Israéliennes, plus expansives, ont vite fraternisé. A l’entrée de Beit Ummar, village palestinien de Cisjordanie situé au-delà de Bethléem, il y avait l’habituel panneau rouge rappelant aux Israéliens qu’ils sont dans la zone A, qui leur est interdite. Samedi 12 mars, elles sont passées outre : elles étaient déjà entrées en " désobéissance civile ".

La salle est celle des mariages, avec une estrade et des guirlandes. Tout a commencé avec du thé et des pâtisseries, le temps aux langues de se délier. Elles se sont regardées, impressionnées par leur nombre, ravies, se congratulant mutuellement d’être là, d’avoir osé. Près de 250 femmes, sans doute à parité, Israéliennes et Palestiniennes. Il y avait moins d’une demi-douzaine d’hommes, et c’était tant mieux : leurs oreilles auraient sifflé.

Les témoignages l’ont montré : la lutte contre l’occupation israélienne rejoint parfois la lutte d’émancipation de la femme dans la société palestinienne. Quelques jours avant, les Palestiniennes avaient demandé qu’il n’y ait aucune présence masculine, puis elles se sont laissées fléchir. Elles ont tenu bon pour les shahids (martyrs) et c’est pour cela qu’il y eut en préambule des témoignages de femmes et de mères de Palestiniens morts ou prisonniers. Puis Biladi (Ma patrie), l’hymne national palestinien, a retenti.

Surtout ne pas chercher à comparer : la Cisjordanie, ce n’est pas l’Egypte ou la Tunisie et, s’il y a des manifestations sur la place Al-Manara de Ramallah, on est bien loin, pour la foule, de la place Tahrir. Si la tempête des révoltes arabes arrive ici sous forme de brise légère, c’est en raison du carcan de l’occupation. C’est pour cela qu’il a fallu bien du courage à ces femmes pour se retrouver à Beit Ummar.

Le mot d’ordre s’est propagé discrètement, sans avertir la presse, pour ne pas attirer l’attention des services de sécurité. Fida Arar, Ghadeer Abou Ayyash, Yusra Humman, les Palestiniennes, ont décrit l’humiliation, parfois le harcèlement sexuel, toujours l’attente interminable aux check-points, notamment pour les femmes enceintes.

Sara Beninga, jeune animatrice israélienne du mouvement de solidarité de Cheikh Jarrah, qui organise tous les vendredis une manifestation à Jérusalem-Est pour dénoncer la colonisation juive de la partie orientale de la Ville sainte, a expliqué que crier des slogans contre l’occupation peut désormais valoir des peines de prison. Et puis Ilana Hammerman a parlé de son expérience, qui sert d’exemple au mouvement de la désobéissance civile.

Au printemps 2010, elle a emmené trois Palestiniennes à Tel-Aviv, pour une journée de détente, en passant sans encombre le check-point de Beitar. Pour montrer que c’était possible. Et que cela doit se répéter. Ensemble, elles sont allées au musée, elles ont mangé des glaces et se sont baignées. Ce fut une journée de liberté incroyable, au mépris de la loi sur l’entrée qui interdit strictement aux Israéliens d’aider des Palestiniens à pénétrer en Israël. Depuis, d’autres Israéliennes l’ont imité.

Vingt-huit d’entre elles ont signé une lettre pour expliquer publiquement leur geste. Toutes sont menacées de poursuites, et d’emprisonnement. " Il y a une majorité silencieuse en Israël qui est contre l’occupation, assure Ilana Hammerman, j’ai essayé de briser le silence. " A Beit Ummar, on s’est posé de graves questions, comme celle-ci : " Comment désobéir dans une société occupante, dans une société occupée ? " Si les réponses n’ont pas été nombreuses, c’est que, pour les Palestiniennes au moins, ce rassemblement était une première.

Leurs " soeurs " israéliennes ont plus l’habitude : les femmes de Machsom Watch, qui relèvent les abus aux check-points, celles de New Profile, qui luttent contre la militarisation de la société israélienne, de Yesh Din, l’organisation de défense des droits de l’homme qui défend les villageois palestiniens contre les colons, sont engagées depuis longtemps dans les activités militantes. Le rassemblement de femmes de Beit Ummar était plus discret que ceux de Bilin et Nilin, hauts lieux de la résistance populaire, cette " Intifada blanche " qui se veut non violente et s’étend lentement en Cisjordanie.

Il n’empêche : " En nous retrouvant ici, nous bravons la loi, nous défions l’occupation : la désobéissance civile, cela commence comme cela ", résume Ruthie Kedar, l’une des chevilles ouvrières de Yesh Din."

L. Z. (Beit Ummar, envoyé spécial du journal Le Monde)



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