Amis des arts et de la culture de Palestine

Mercredi 8 novembre

Nous avons rendez-vous avec l’équipe du centre médical Patient Friend’s Center à Ramallah. Un nouveau bâtiment flambant neuf, financé par une fondation koweitienne à hauteur de deux millions de dollars, mais un bâtiment encore vide, le centre n’ayant plus de budget.
Une équipe compétente, mais qui ne reçoit plus de salaire depuis des mois, un déficit qui se creuse, plus de 250.000 USD, et un ministère de la sante qui n’assure plus sa quote part de subvention pour cause de gel de l’aide internationale.
L’unique centre de traitement des atteintes de la moelle épinière, mais qui ne peut plus soigner les blessés de Gaza, faute d’accès et ne peut faire fonctionner que 10 lits sur les 30, faute de crédits de fonctionnement.
L’équipe dirigeante pense pourvoir tenir encore 6 mois ou 1 an. Après, ce sera la fermeture pure et simple.

Notre petite équipe ressort assez déprimée de cette entrevue.

Nous nous faisons cueillir à la sortie par la nouvelle du carnage de Gaza : 18 civils, femmes et enfants principalement, tués par un bombardement d’artillerie. Dans la rue, devant notre taxi, quatre jeunes, certains l’arme bien en évidence, sautent dans une Golf noire aux vitres teintées, partent sur les chapeaux de roue, un 4x4, sur lequel est accroché deux derniers cowboys, lui emboîte le pas. La présence de policiers qui tentent de réglementer la circulation ne les émeut aucunement, les cowboys armés sont prioritaires.
L’équipée s’arrête bien visible devant une boutique ouverte, les véhicules en travers de la route, chaque occupant jaillissant de la voiture, direction la boutique. Celle-ci doit fermer, et c’est non discutable. La grève générale est déclarée pour trois jours de deuil national.

Direction Taybeh, dernier village 100% chrétien en Cisjordanie (60.000 chrétiens sont encore présents dans les territoires occupés). Aujourd’hui, la petite route directe est ouverte, celle qui passe sous la voie express réservée aux israéliens (Taybeh se trouve cependant en plein milieu de la Cisjordanie). Nous mettons trente-cinq minutes pour rejoindre le village. Certains jours, à cause des check-points fermés, il faut trois heures pour couvrir les treize kilomètres entre Ramallah et Taybeh.

Le père Raed, le prêtre palestinien du village et auteur d’une thèse sur la non violence dans l’Islam, nous reçoit dès notre arrivée. Il ressemble à un Begnini survitaminé. Après quelques phrases types, la méfiance tombe peu à peu, et une fois poliment exposée la solution « deux peuples, deux états », il nous avoue aussi que pour lui cette solution n’est plus à l’ordre du jour : les colonies, le mur, la discontinuité territoriale tuent chaque jour un peu plus « la feuille de route ». Pour lui, la seule solution est un seul état, démocratique et laïc, englobant Israël et les territoires occupés. Et cela se fera, dans 2 ou 3 générations...

En attendant, le père Raed souhaite redonner espoir à sa population. Pour cela, rien de tel que le développement économique ! Avec un sens incroyable du commerce, il a développé depuis trois ans de nombreux projets :

 accueil de nombreux groupes de pèlerins

 installation d’un pressoir, exportation de 150 tonnes d’huile d’olive par an (30.000 oliviers sont exploités autour du village)

 accord avec AlterEco (2.500 points de vente en France) pour distribuer cette huile d’olive, son maftoul (couscous palestinien), son savon et même une ligne de produits cosmétiques...

 pression sur l’UE pour la suppression des taxes à l’exportation sur l’huile d’olive palestinienne (qui sont de 1,5 ? par litre) : depuis cette année, un quota de 2.500 tonnes libre de taxes est autorisé.

 un dispensaire reçoit les habitants du village, 0,70 ? la consultation. Le dispensaire peut aussi faire face aux accouchements : 76 d’entre eux se sont produits sur les check-points, entrainant la mort de 23 femmes en 5 ans.

 Le plus beau : une campagne internationale « Prions pour la paix » : un kit pour les églises qui contient une lampe décorée en forme de colombe (fabriquée au village) et un litre d’huile (pressée au village). Déjà plusieurs milliers d’églises équipées !

« Et bien sûr, vous pouvez acheter tous nos produits sur notre site e-commerce. » Visite éclair du show room, et le voilà parti en courant pour donner la messe de 17 heures.

Nous rentrons par une très bonne route, utilisable uniquement après un contrôle d’identité.
Les infos du soir déversent leur flot de sang. Pour une fois, l’Europe semble s’émouvoir, alors qu’il y a déjà eu 450 morts, en majorité civils, depuis le mois de juin.



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