Amis des arts et de la culture de Palestine

Les gens de Ramallah (portraits de mes amis)

Khaled Barghouti, 19 ans, Qo’bar

En premier lieu, voici Khaled : Sous ses apparences d’histrion à la mode, Khaled al Barghouti n’est pas n’importe qui. Tout d’abord, dans ce pays dont tous les plus de 15 ans ont déjà fait au moins un jour de prison, il est apparenté à l’un des prisonniers les plus connus de Palestine : Marwan al Barghouti, homme politique de la mouvance Fatah, seule personnalité paraissant d’une stature propre à réaliser la coalition avec le Hamas ; condamné par Israël à cinq peines de perpétuité et emprisonné depuis 2002. Khaled est donc un des rejetons de l’une des branches d’une vaste famille qui s’étend en étoile dans les villages qui entourent Ramallah.

Malgré cet arrière-plan plutôt lourd, Khaled, il faut bien le dire, semble avoir totalement tourné le dos à l’engagement politique. Sa vocation, c’est la danse contemporaine. Etudiant en Journalisme et Communication à l’Université de Bir Zeit, il se fait de l’argent de poche en donnant des cours de dabké, la danse traditionnelle en vigueur dans tout le pays de Sham. A côté, il fait de la danse, de la danse, de la danse ; il m’a beaucoup aidée pour préparer des animations au Centre Culturel Français pour les enfants, les assortissant parfois de petits commentaires perfides :

"Tu vois, ces enfants, ils viennent de familles riches, ça se voit. Quand ils sont mis en contact avec des enfants plus pauvres, ils le sentent tout de suite et ça ne leur plaît pas. Ma famille est très pauvre, et quand j’allais à l’école, les enfants se moquaient de moi parce que je n’avais pas çi et ça. (Parlant d’une petite en particulier, qui avait pleuré) Tu as compris pourquoi Ro’a n’était pas contente ? Parce que les parents des autres viennent les chercher en voiture, mais son père vient à pied."
Issu d’une famille très pauvre, il vit dans le petit village de Qo’bar, à une demi-heure de Ramallah.

Pour moi, ce garçon est également une source d’informations infinies sur la manière dont la catégorie "jeunesse-branchée-ramalliote" perçoit la vie quotidienne, la religion, l’occupation. Voir à ce sujet la description du concert de Dam. Autre exemple : un dialogue typique (la scène se passe à la sortie d’un magasin) :

MOI (voyant que Khaled sirote allègrement un jus de fruits chimique totalement israélien)_ Dis-moi... tu fais le boycott ? (des produits israéliens)

LUI (souriant) _ Oh... de temps en temps. Avant, je le faisais vraiment. Quand j’étais plus jeune.

MOI (interloquée) _ Ah bon, pas plus que ça ? Je pensais que c’était surtout les jeunes qui le faisaient...

LUI (rigolant franchement) _ Oh, ouais... c’est un truc que font les plus petits qui se croient à la mode. Après, ils le mettent sur le profil Facebook. Ils sont super fiers.

Actuellement, Khaled est injoignable : enfermé à l’université de Bir Zeit, il danse jour et nuit avec dix autres danseurs sélectionnés pour un atelier d’un mois, à l’issue duquel il sera peut-être choisi pour partir deux semaines en Belgique.



FAIRE UN DON

ACTUALITES

  • Habiller le discours dominant en rigueur historique A propos du documentaire « Palestine : une histoire » diffusé sur France 5

    Il existe une forme de malhonnêteté intellectuelle plus redoutable que le mensonge, celle qui emprunte le langage de la rigueur pour mieux maîtriser la conclusion. Le documentaire « Palestine : une histoire », diffusé sur France 5, en offre un exemple particulièrement travaillé. Sur trois épisodes, il convoque le paradigme du colonialisme de peuplement, donne à voir la dépossession historique du peuple palestinien, interroge des témoins, palestiniens notamment, cite des archives, partage des (…)

  • L’acteur Motaz Malhees ne pourra pas assister à la cérémonie des Oscars

    Bloqué par l’interdiction de Trump de laisser voyager les Palestiniens
    Le film de Kaouther Ben Hania, « La voix de Hind Rajab », présenté par la Tunisie, est sélectionné pour l’Oscar du meilleur film international, mais l’un de ses acteurs ne pourra être présent à la cérémonie le dimanche 15 mars.
    Motaz Malhees, qui incarne un opérateur de centre d’appels tentant désespérément d’aider Hind Rajab, une fillette palestinienne de 5 ans piégée dans une voiture sous les tirs à Gaza, a annoncé (…)

  • Négation du génocide à Gaza : la France en pôle position

    Si vous demandez à Chat GPT quelles instances internationales estiment qu’Israël commet un génocide à Gaza, il vous rappellera que la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné des mesures conservatoires devant un risque risque « réel et imminent de préjudice irréparable au titre de la Convention sur le génocide » dans son ordonnance du 26 janvier 2024. Il vous citera également la Commission d’enquête indépendante des Nations unies qui a conclu en septembre 2025 qu’Israël avait commis et (…)