Amis des arts et de la culture de Palestine

Du rap palestinien ?

LE CONCERT DE DAM

Tout d ?abord, il n ?est pas inutile de présenter DAM. DAM, qui signifie ?sang ? en arabe, est le premier groupe de rap palestinien, paradoxalement basé ? en Israël. Tamer Nafar, son frère Suhell Nafar, et le troisième Mahmoud Jreri habitent tous les trois à Lod, à côté de Jérusalem.
Les Palestiniens ont-ils un problème à ce sujet ? Je dirais que non. Mon cobaye, Khaled, étudiant palestinien de 19 ans habitant dans un village à côté de Ramallah (à ce titre représentatif de la jeunesse palestinienne un peu branchée), fait la moue quand je lui pose la question : ?Non, c ?est normal, il y a plein de Palestiniens qui habitent en Israël ?.

Mais pour en être sûre ? je suis allée au concert de DAM ! (bon, d ?accord, c ?était aussi parce qu ?ils sont trop cool). Le site officiel du groupe http://www.dampalestine.com/main.html affirme qu ?ils sont actuellement en tournée aux Etats-Unis. Mais la réalité est plus simple et plus belle : DAM défend les couleurs de la Palestine à l ?occasion de la Semaine de la culture palestinienne, au Cultural Palace de Ramallah, et réunit à cette occasion tous les doublons de Khaled : les ados rebelles aux bracelets couleur drapeau (ici, être nationaliste, c ?est de la rébellion), mais aussi les mères de famille en hijab, entourées de leurs bébés, et aussi les internationaux, qui forment le tiers renouvelable de la population de Ramallah, qui ne comprennent pas bien les paroles mais qui sentent que c ?est un grand moment. Tout ce monde hurle, chante en même temps que les trois rappeurs, s ?assied une seconde si on le lui demande pour se relever aussitôt. L’ambiance est proche d’un concert de Michael Jackson.

Mais pourquoi la jeunesse palestinienne branchée, mais aussi les autres, adorent-ils Dam plus que Michael Jackson ? (Par ailleurs, c ?est le moment de mettre les points sur les i : ici, Michael, on s ?en fiche).
Tout d ?abord, parce que c ?est de la BONNE MUSIQUE ! C ?est une expérience intéressante de mélange entre du bon vieux rap et la musique moyen-orientale : notamment, avec l ?utilisation d ?instruments comme l ?oud, et la flûte naï.
Ensuite, parce que c ?est le premier groupe à utiliser une musique occidentalisée et exportable, pour protester contre l ?occupation. La plupart des chansons sont centrées sur la question : le tube de DAM, c ?est ?Min el-Irhabi ?? c ?est-à-dire : ?Qui est le terroriste ??. La chanson développe un monologue suivant cette structure : Qui est le terroriste ? C ?est moi le terroriste ? Suit une argumentation qui se termine sur un point d ?orgue accusateur : ?C ?est toi le terroriste ! C ?est l ?occupation qui est terroriste.?
Efficace et surtout, absolument vrai pour quiconque a vécu deux semaines ici. Même à Ramallah.
DAM a d’ailleurs une façon originale de rappeler la réalité, au coeur même d’un concert : pour introduire dix minutes de beat box, quoi de mieux qu’une fausse coupure d’électricité ? Petit coup de griffe au Israéliens qui ont tendance à trop jouer avec la lumière dans les Territoires. Moins glorieux : les démêlés de l’ingénieur du son avec ses appareils, qui obligent le groupe à finir en play-back...

Pour achever de vous convaincre, vous pouvez écouter la chanson phare du nouvel album de DAM, "Mali Huriye" : Je ne suis pas libre. Ci-joint, la traduction des paroles en anglais.

Mali Huriye - I Don’t Have Freedom

We’ve been like this more than 50 years
Living as prisoners behind the bars of paragraphs
Of agreements that change nothing
We haven’t seen any light, and if we peek between the bars
We see a blue sky and white clouds
In the center a star reminds me that I’m limited
But no, I’m strong, staying optimistic
You won’t limit my hope by a wall of separation
And if this barrier comes between me and my land
I’ll still be connected to Palestine
Like an embryo to the umbilical cord
My feet are the roots of the olive tree
Keep on prospering, fathering and renewing branches
Every branch
Grown for peace
Every branch
Under the pressure of occupation
Refusing to give up
So why don’t I have freedom ?
Because I refuse to live in slavery

Chorus :
Everywhere I go I see borders, imprisoning humanity
Why can’t I be free like other children in this world ?
(bis)

Suite à des difficultés techniques, la chanson proposée à l'écoute n'est pas "Mali Huriye" mais "Meen Erhabe", Qui est le terroriste.

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