Amis des arts et de la culture de Palestine

Déclaration du Freedom Theatre, 4 avril 2017

Le 4 avril, comme tous les ans, le Freedom Theatre (Théâtre de la Liberté) entreprend de célébrer la résistance culturelle, en mémoire de Juliano Mer Khamis. C’est une journée qui a pour nous une forte valeur symbolique car, il y a six ans, Juliano a été assassiné par un inconnu devant le Freedom Theatre. Le 4 avril, nous commémorons aussi la bataille de Jénine, en 2002 : notre peuple a alors affronté une invasion brutale menée par les forces d’occupation.

RÉALISER LE RÊVE DE LA RÉSISTANCE CULTURELLE
Déclaration du Freedom Theatre, 4 avril 2017

Les principes fondamentaux du Freedom Theatre consistent notamment à stimuler les consciences et à réimaginer la réalité afin de créer une perspective progressiste, opposée à toute tentative de fracasser les rêves des gens ou d’entraver par des contraintes la réalisation de leurs aspirations.
En ce 11e anniversaire, nous entreprenons de nouveaux travaux inspirés par les messages inscrits sur les murs du Théâtre de pierres.
Nous avons poursuivi le rêve d’Arna et de Juliano : transformer le Freedom Theatre en mouvement culturel national, en créant des formes créatives et artistiques qui expriment la justice, l’égalité et la liberté. Nous demandons à des amis du monde entier de s’associer au Freedom Theatre dans cette mission et de participer à la célébration de notre anniversaire. Nous commémorons aussi le meurtre de notre co-fondateur Juliano et nous formulons à nouveau notre exigence de justice. Nous nous joignons aussi aux habitants du camp de réfugiés, notre peuple, pour commémorer la bataille de Jénine, en 2002.
L’art a toujours été un instrument puissant à l’usage des opprimés contre leurs oppresseurs. Cette réalité est particulièrement forte en Palestine, où l’expression artistique fait partie intégrante de la lutte pour la liberté, la justice et l’égalité. Nous sommes face à la pire occupation au monde, qui révèle le vrai visage d’un colonialisme défini par le régime militaire et l’impérialisme répressif, dans un contexte de politiques racistes où les divisions se fondent sur l’appartenance ethnique.
Ces circonstances poussent le Freedom Theatre à élaborer des lignes directrices pratiques visant à structurer notre travail et à définir notre rôle dans la révolution palestinienne. Nous nous considérons comme un élément d’un mouvement social qui cherche à alimenter et à renforcer une plateforme authentique de résistance culturelle.
La résistance culturelle revêt différentes significations aux yeux de différentes personnes. Cependant, même sans définition normalisée, nous parvenons à identifier un ensemble commun d’objectifs et de visions au cœur d’initiatives artistiques ancrées dans la conviction que l’art et la culture jouent un rôle crucial dans la vie et la société.
Cette perspective culturelle agit comme un "soft power", une puissance de persuasion au sein du peuple. Elle nous unit si bien qu’un mouvement culturel collectif pourrait caractériser la prochaine génération, leurs critiques constructives débouchant sur une évaluation sérieuse de la situation palestinienne.
Le Freedom Theatre a continué à appliquer ce principe au long de ses nombreuses années d’expérience, et nous souhaitons l’intégrer à tout ce que nous faisons, en nous appuyant sur notre analyse de la réalité qui nous entoure.
Nous pensons que la résistance culturelle est un outil parmi d’autres, au sein d’un contexte plus vaste de résistance. Cette conception a automatiquement des implications sociales et organisationnelles associées à la notion de changement. Au Freedom Theatre, nous utilisons des formes artistiques variées, allant du théâtre au multimédia, pour nous opposer aux diverses occupations qui nous atteignent en tant que Palestiniens.
Selon certaines personnes, la résistance culturelle se limite à l’utilisation de la dimension symbolique et du sens pour combattre les forces d’oppression. Nous pensons cependant que la résistance culturelle a également pour rôle de créer une identité collective, celle du "rebelle face à l’injustice". C’est aussi un outil permettant d’approfondir la compréhension et de promouvoir une pensée analytique progressiste afin d’apprécier pour ce qu’elles sont les politiques qui s’appuient sur des principes de domination et de pouvoir autoritaire.
Nous pensons que la résistance culturelle dans le contexte palestinien ne se substitue pas à une autre forme de résistance. La résistance palestinienne peut être comparée à une mosaïque dont la culture constituerait un simple fragment ; mais ce fragment est précieux, car il donne à la mosaïque son style, sa signification, sa direction.
Dans son message pour la Journée mondiale du théâtre 2017, l’actrice française Isabelle Huppert a déclaré ceci : « Le théâtre, pour moi, c’est (…) l’absence de haine », suggérant « à ceux qui ont (…) envie de nous gouverner d’être attentifs aux bénéfices inimaginables apportés par le théâtre ».
Nous envoyons aujourd’hui un message d’amour à tous les théâtres du monde et à tous ceux qui travaillent pour le théâtre - acteurs, metteurs en scène, formateurs, scénographes, régisseurs, techniciens, étudiants et spectateurs – et nous disons maintenant : « Place au théâtre ! »



FAIRE UN DON

ACTUALITES

  • Habiller le discours dominant en rigueur historique A propos du documentaire « Palestine : une histoire » diffusé sur France 5

    Il existe une forme de malhonnêteté intellectuelle plus redoutable que le mensonge, celle qui emprunte le langage de la rigueur pour mieux maîtriser la conclusion. Le documentaire « Palestine : une histoire », diffusé sur France 5, en offre un exemple particulièrement travaillé. Sur trois épisodes, il convoque le paradigme du colonialisme de peuplement, donne à voir la dépossession historique du peuple palestinien, interroge des témoins, palestiniens notamment, cite des archives, partage des (…)

  • L’acteur Motaz Malhees ne pourra pas assister à la cérémonie des Oscars

    Bloqué par l’interdiction de Trump de laisser voyager les Palestiniens
    Le film de Kaouther Ben Hania, « La voix de Hind Rajab », présenté par la Tunisie, est sélectionné pour l’Oscar du meilleur film international, mais l’un de ses acteurs ne pourra être présent à la cérémonie le dimanche 15 mars.
    Motaz Malhees, qui incarne un opérateur de centre d’appels tentant désespérément d’aider Hind Rajab, une fillette palestinienne de 5 ans piégée dans une voiture sous les tirs à Gaza, a annoncé (…)

  • Négation du génocide à Gaza : la France en pôle position

    Si vous demandez à Chat GPT quelles instances internationales estiment qu’Israël commet un génocide à Gaza, il vous rappellera que la Cour internationale de justice (CIJ) a ordonné des mesures conservatoires devant un risque risque « réel et imminent de préjudice irréparable au titre de la Convention sur le génocide » dans son ordonnance du 26 janvier 2024. Il vous citera également la Commission d’enquête indépendante des Nations unies qui a conclu en septembre 2025 qu’Israël avait commis et (…)