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Cinq jeunes musiciens de Gaza embrasent le monde arabe

(D’Amman, Jordanie) Un phénomène : 9 millions de vues sur YouTube pour la vidéo présentant le groupe Al Takht Al Sharqi, composé de cinq adolescents palestiniens originaires de la bande de Gaza, lors de l’émission « Arabs Got Talent », de la chaîne MBC (Middle East Broadcasting Center).

En Jordanie, les jeunes d’origine palestinienne – la moitié de la population est d’origine palestinienne –, chrétiens et musulmans, en ont fait leur étendard.

S’en aller répéter sous les bombardements

Pour eux, ces cinq gamins qui s’unissent pour créer de la musique, et qui participent à ce concours régional pour apporter joie et beauté à leurs familles et proches de Gaza, c’est la preuve que la vie peut toujours renaître, même au milieu d’un champ de ruines.

Cette jeunesse jordanienne a copieusement fait circuler sur les réseaux sociaux les 6 minutes et demie du film.

Des minutes qui racontent comment la troupe de musiciens a réussi, après quatre tentatives, à passer le check-point de Rafah à Gaza, puis la frontière égyptienne avant d’arriver à Beyrouth où se tenait l’émission de télévision, trois jours après.

Comment chacun des cinq a réussi à se faufiler dans les ruelles pendant les bombardements de 2014, pour aller répéter à l’école de musique sans se faire tirer comme un lapin.

Comme les cinq doigts de la main

Comment, au moment où ils ont commencé avec la chanson d’amour « Ala Allah Taoud » de l’auteur-compositeur et chanteur libanais Wadih Al-Safi, (« Que Dieu ramène de la joie et des rires dans notre maison… »), les jurés leur ont donné le buzz d’or, qui les envoie directement en demi-finale du concours (qui a lieu les 6 et 7 février prochains), avant de fondre en larmes comme tous les spectateurs.

Al Takht Al Sharqi (l’orchestre oriental) est formé de quatre garçons et d’une fille, âgés de 13 à 15 ans. Les cinq musiciens sont comme les doigts d’une main :

le chanteur Ahmad Al Madhoun,
le joueur de oud Sarraj Al Sersawi,
le spécialiste du qanun Mahmoud Kehail,
celui du tabla, Ramzi Alfar ;
Reema Ashour qui donne au nai toute sa légèreté.
Tous les cinq sont nés à Gaza, de familles d’origine religieuse différente.

Tous les cinq étudient au Conservatoire national de musique Edouard-Saïd (ESNCM), de Gaza, où les cours sont gratuits. A l’initiative de Majd Oweida, qui a repéré les élèves les plus talentueux, ils ont crée leur groupe il y a trois ans. Puis, à force de travail, sont parvenus à l’excellence.

Travailler les morceaux en groupe n’est pas simple, lorsque la ville est assiégée par les bombardements et que les écoles ferment, bloquant les enfants chez eux.

Mahmoud ne supporte plus d’être enfermé

Un autre petit film, monté par la BBC pour le journal télévisé et sous-titré en anglais, fait découvrir le caractère bien trempé de la troupe.

On y retrouve :

Reema qui ne veut pas porter de foulard sur la tête et qui n’en porte pas ;
Ahmad qui, pendant les bombardements, réussit à se faufiler jusqu’au Conservatoire en passant par la fenêtre de la salle de bains, malgré l’angoisse de sa mère, dont la maison sera détruite et le mari gravement blessé à la jambe… De toute façon, dit-il devant la caméra : « Je peux mourir à l’intérieur de la maison comme à l’extérieur » ;
Mahmoud, le plus jeune de la bande, qui raconte qu’il ne supportait plus d’être enfermé : « Sortir de la maison, c’était se faire tirer comme un lapin »… Rester, c’était exploser…
Pendant les bombardements de Gaza et après, le Conservatoire de musique est devenu leur soleil : le lieu où ils ont pu et peuvent encore exprimer ce qu’ils ont de plus beau en eux. Et cela malgré les images d’une ville éventrée, qui s’imposent à eux au quotidien.

Grâce à la musique, ils retrouvent ce sentiment qui semblait perdu : « farah », la joie.



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